A l'affiche

Démantèlement et gestion d'un site industriel pollué : exemple de MetalEurop (Nord) à Noyelles Godault

December 20, 2018

MetalEurop est une entreprise française de production de métaux non ferreux. Sur le site de Noyelles-Godault dans le Pas-de-Calais, en plein cœur historique du bassin minier, MetalEurop Nord qui a succédé à Pennaroya, était une fonderie qui produisait du plomb (130.000 t/an), du zinc (100.000 t/an), de l’acide sulfurique (250.000 t/an) et employait 830 salariés. Elle a cessé son activité en 2003. Petit retour sur les activités de l'usine.

 

Comment produit-on du plomb ?
Le plomb se trouve dans la nature sous différentes formes chimiques et en association avec différents autres éléments métalliques (Zn, Ag, Cu) mais le principal minerai de plomb, celui utilisé pour la production du métal affiné est le galène, PbS, un sulfure de plomb.
Une fonderie est une usine métallurgique qui va permettre de transformer le minerai en métal, le plus pur possible ou en un alliage aux propriétés intéressantes.
Ainsi, le minerai est concentré, puis « grillé » c’est-à-dire oxydé à l’air  : on obtient alors un oxyde de plomb PbO et du dioxyde de soufre SO2 valorisé en acide sulfurique selon la réaction

PbS + 3/2 O2 → PbO + SO2  Réaction de l’étape de grillage.
Cette étape donne lieu à une volatilisation et un entraînement mécanique de poussières riches en plomb.

 

 

L’oxyde de plomb doit ensuite être réduit. Cette réaction se fait donc dans un four où du coke et d’air sont introduits. On obtient du plomb liquide à la base du four, appelé « Plomb d’oeuvre » ou plomb brut, contenant encore des impuretés (Cuivre, Arsenic, Etain, Antimoine…).

Les impuretés présentes dans le plomb d’oeuvre sont éliminées en grande partie, dans une étape d’affinage en aval.

 

 

La spécificité du site de MetalEurop était en plus, la production de grenaille de plomb pour les cartouches destinées aux armes de chasse. Cette production est réalisée au sein d’une tour à plomb, qui, comme son nom l’indique est un bâtiment en forme de tour d’une hauteur de 60 m.
Des lingots de plomb sont montés au sommet, fondus à 300°C grâce à un four puis le métal liquide (auquel sera ajouté de l’antimoine (Sb) et de l’arsenic (As) pour  obtenir un matériau plus dur) est versé sur des tamis dont le maillage est de taille calibrée (selon le type de grenaille recherchée). En s’écoulant au travers du tamis, des gouttes se forment puis se refroidissent en tombant et se solidifient.
De l’air est introduit de bas en haut afin d’assurer le refroidissement et l’évacuation des vapeurs (chargées de métaux).

 

L’Usine MetalEurop Nord en pleine activité avec la tour à plomb

 

La pollution métallique liée à l’activité du site, malgré des efforts pour la limiter, est très marquée : elle touche l’air (vapeurs de la tour chargées de plomb et autres métaux, fumées issues de la fonderie, envols de poussières), l’eau de nappes et les sols. C’est donc l’un des sites les plus pollués de France que le groupe Suez a dû gérer.

 

L’arrêt du site

L’usine, a dû cesser son activité, quasiment du jour au lendemain en janvier 2003 puis a fait l’objet d’une liquidation judiciaire. C’est le choc : le site est arrêté net alors qu’il était en pleine exploitation. Les process sont mis en sécurité mais tout reste en place.

En 2003, l’Etat qui reprend le site à sa charge lance une consultation publique pour le démantèlement, la dépollution et la reconversion du site. C’est la société SITA Agora (groupe Suez, dont c’est le cœur de métier) qui répond et prend en main le projet afin de gérer rapidement un certain nombre de questions environnementales dont la mise en sécurité du site (la protection des populations riveraines) et la dépollution du site ainsi qu’un projet de réhabilitation du site pour usage.

 

Le chantier de dépollution
La dépollution du site est une problématique complexe et la taille du chantier titanesque (50 ha à dépolluer).
Les chiffres sont impressionnants :
– 83 bâtiments ont été désamiantés,
– 190.000 t de déchets ont été extraits,
– 926 types de déchets dangereux ont été recensés.

Le site a d’abord fait l’objet d’une cartographie afin de géolocaliser les déchets et leur dangerosité. Puis des opérations de lavage, et d’aspiration des poussières de métaux pour éviter les envols ont été effectuées avant de passer au démantèlement proprement dit.
 

Les opérations les plus délicates ont concerné la gestion des matériaux comportant du ciment et de l’amiante et le dynamitage de la tour à plomb et de la cheminée de 120m.

Au niveau des sols, les 50 hectares de terre ont été décaissés sur une profondeur suffisante pour éliminer la pollution métallique (Pb, As, Cd) ou la réduire à des valeurs de concentration admissible. Ainsi, sur la zone la « plus polluée », il faudra plusieurs mètres de profondeur et seulement 50 cm sur la zone la plus saine.

Les déchets extraits du site ont été acheminés vers des filières de valorisation lorsque cela était possible ou stockés en zone dédiée  » déchets dangereux » directement sur le site.
Cette dernière option a donc fait l’objet d’une autorisation de stockage de déchets dangereux* (ou contenant des éléments toxiques présentant des risques pour la santé humaine et l’environnement) et de la mise en place de précautions afin d’assurer la sécurité environnementale de cette zone : alvéoles dédiées pour chaque type de déchet, mise en place d’une couverture étanche posée en fond, inertage des déchets, surveillance des eaux de lixiviation (eaux s’écoulant du stockage) et un traitement par station d’épuration.

 

*ces déchets mis en décharge sur site comprennent les scories et minerais des anciennes activités.

 

Rendez-vous dans une deuxième partie pour des informations liées à la création de l'écopôle sur ce site.

Please reload

Merci de partager !

 

Des pissenlits pour faire des pneus ?

July 10, 2020

1/10
Please reload

Derniers articles
Please reload

Archives
Mots-Clés
Please reload