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Quand les arbres expliquent le réchauffement (2)

La 2e étude parue dans Science (27 November 2020 Vol. 370 Issue 6520) qui concerne aussi la compréhension des effets du réchauffement climatique par l’étude des arbres s'intéresse plus précisément au lien possible entre le déficit en humidité du sol et la survenue de vagues de chaleur estivales dans les zones tempérées de l’hémisphère nord. Alors bien sûr, l’hypothèse vers laquelle on se tourne spontanément est la suivante : l’augmentation de GES engendre un réchauffement qui favorise d’une part une baisse de l’humidité des sols et d’autre part l’apparition de vagues de chaleurs. N’y aurait-il pas un lien plus direct entre ces deux derniers phénomènes ?


Une équipe de chercheurs chinois a donc creusé l’affaire en étudiant les archives de cernes de souches d’arbres présents en Mongolie ces 260 dernières années. Le but était de récolter des informations sur la fréquence des vagues de chaleur et la variabilité de l’humidité des sols en Asie.



Quels résultats ont-ils obtenus ? Il semble bien que, dans le cadre d’un climat plus chaud et sec, il y ait un lien direct et fort entre le sol et l’atmosphère. Aussi bien les observations de terrain et les modélisations vont dans ce sens. Les auteurs sont ainsi remontés assez loin dans le temps. Il en ressort que : – avant 1950, les deux variables (humidité des sols et fréquence des vagues de chaleur) présentaient une relativement faible variabilité et étaient indépendantes – à partir de 1950, il y a à la fois une accélération de la fréquence des vagues de chaleur et un déclin de de l’humidité des sols bien au-delà de la variabilité naturelle.

Les auteurs insistent sur ces deux points : – Le point de basculement des deux paramètres se fait au même moment, – A partir de cette date, les deux paramètres montrent un fort couplage (pas du tout observé avant).

Pour eux, dans certaines parties de la planète, des modifications de régime opèrent avec une interaction particulièrement forte entre l’humidité du sol et les basses couches d’air. Comment l’expliquer ?

Ce qu’on peut dire, c’est qu’à partir d’un certain déficit en humidité du sol, l’air chaud proche du sol devient beaucoup plus sensible à ce paramètre : un sol très sec va en effet évacuer de la chaleur vers l’air et le phénomène de refroidissement évaporatif est supprimé ! Bref, le réchauffement de l’air est intensifié, cela alimente la vague de chaleur ce qui accélère encore la sécheresse du sol : une boucle de rétroaction positive dont on peut facilement deviner les conséquences.

Qu’en conclure ? On a ici affaire à un point de basculement dans certaines zones de la Terre, un effet d’accélération brutal qui a un impact considérable sur les écosystèmes et l’Homme dans la mesure où les périodes d’adaptation sont considérablement raccourcies !


Références : Qi-Bin Zhang, Ouya Fang, “Tree rings circle an abrupt shift in climate”, Science Vol. 370, Issue 6520, pp. 1037-1038 (27 Nov 2020)

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